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Ville d'Offenbach

Histoire des huguenots

Les réfugiés religieux venus de France ne furent pas accueillis partout avec enthousiasme. Le comte Johann Philipp von Isenburg, qui résidait au château d'Offenbach et dont la famille avait adopté la foi réformée dès 1597, faisait partie des souverains prêts à les accueillir. Afin d'installer les huguenots à long terme, le comte Johann Philipp accorda à ses nouveaux citoyens des privilèges étendus qui devaient également être valables pour les immigrants ultérieurs et leurs descendants.

Origine des huguenots

Gilles, dans le Languedoc, sur le bras ouest du Rhône qui se jette non loin dans la Méditerranée, vivaient il y a environ 300 ans les ancêtres de la famille huguenote André.

Dans un rayon de 50 km autour de St Gilles se trouvent les villes historiquement importantes de Montpellier et Nîmes à l'ouest, Arles et Avignon au nord, Aix-en-Provence à l'est et Marseille au sud.

Dans ces régions, comme dans d'autres parties de la France, la doctrine du réformateur Jean Calvin (1509-1564) s'est répandue vers le milieu du XVIe siècle. Avec sa thèse de la prédestination, la prédétermination de la vie humaine, il se distinguait fondamentalement de la Réforme de Martin Luther.

Les partisans de Calvin pouvaient tirer de ses déclarations la conclusion que, malgré toute prédestination, ils pouvaient également tirer de leurs succès dans la vie une certitude de salut et d'élection dans l'au-delà.

Il n'est pas étonnant que de nombreux membres de la classe supérieure de la noblesse et une grande partie de la bourgeoisie en plein essor aient été prêts à accepter cette nouvelle doctrine, tandis que la population rurale est restée assez indifférente.

En France, les adeptes de Calvin furent bientôt appelés huguenots. Cette désignation est due à la "déformation" française du mot "Eidgenossen" (huguenots). Confédérés parce que ce mouvement de réforme aurait pris son point de départ à Genève, ville libre et impériale, et dans les villes de Fribourg et de Berne.

Les circonstances de l'exode massif

Troubles religieux en France

Les huguenots étaient considérés par la royauté française comme des hérétiques qu'il fallait combattre. Les rois français catholiques de l'époque opprimaient et persécutaient certes les protestants dans leur propre pays, mais en politique extérieure, ils plaçaient toujours l'avantage de la France au-dessus de leurs convictions religieuses lorsqu'ils s'alliaient avec des princes protestants rebelles ou même avec les sultans ottomans pour lutter contre l'empereur allemand catholique.

Les huguenots n'étaient certes pas prêts à capituler devant leurs persécuteurs. Ils s'unirent et résistèrent. Ils se sont d'abord battus pour la liberté de leur foi, puis pour leur existence économique et pour le pouvoir au sein de l'Etat.

Certains événements graves de cette époque se retrouvent dans l'ancienne Bible française datant de 1588, que la famille André a rapportée de sa patrie française.

On y trouve une note manuscrite :

Le 20 avril 1545, la ville de Cabrieres en Provence a été pillée et 22 villages des environs ont également été incinérés. Et tous furent envoyés à la mort, hommes, femmes et enfants.

Le 1er mai 1562 : autres massacres de la foi en Provence.

En septembre 1562, Dieu a offert aux croyants une heureuse victoire sur les papistes à Saint-Gilles en Languedoc.

Le coup fatal porté à la classe dirigeante huguenote devait être la tristement célèbre nuit de la Saint-Barthélemy, les "noces de sang parisiennes", qui constituait le triste point culminant des combats incessants et acharnés du 24 août 1572. Lors du festin organisé à l'occasion du mariage du prétendant légitime au trône Henri V Navarre (devenu Henri IV) de la famille des Bourbons, lui-même huguenot, avec la sœur catholique des rois de France François II, Charles IX et Henri III, Marguerite de Valois, un terrible massacre commença parmi les huguenots présents à Paris. Trois mille personnes y perdirent la vie. D'autres exactions eurent également lieu en province, faisant environ 20.000 victimes, comme en témoigne l'inscription dans l'ancienne Bible de la famille André.

Les combats faisaient rage et faisaient des victimes des deux côtés. Le pays souffrait terriblement et la cherté de la vie atteignait des sommets. Mais le Boroubone Henri IV était un régent à l'esprit pragmatique et soucieux d'équilibre. Il s'en tenait au principe suivant : "Le prince ne doit pas chercher à savoir laquelle des religions est la meilleure, et doit renoncer à la violence". Henri (le bon) comprit qu'un roi protestant ne pouvait pas gouverner la France depuis Paris, toujours en proie à la révolte, et en tira les conséquences. En 1593, il se convertit au catholicisme, Paris valant pour lui "une messe".

Après son entrée dans la capitale, les troubles qui, pendant quarante ans, avaient coûté d'innombrables vies humaines des deux côtés, prirent progressivement fin. Le premier roi Bourbon se montra cependant très généreux envers ses anciens amis huguenots. L'"Edit de Tolérance de Nantes", promulgué en 1598, leur accorda la liberté de culte et l'égalité des droits. Les huguenots constituèrent dès lors une sorte d'Etat dans l'Etat.

Mais cela n'était pas compatible à long terme avec la prétention au pouvoir absolutiste qui se développa au siècle suivant sous Louis XIII et les cardinaux Richelieu et Mazarin qui gouvernaient pour lui, et encore moins sous le "Roi Soleil" Louis XIV. Un souverain qui s'assimilait à l'État (L'etat, c'est moi) ne pouvait et ne voulait pas accepter les droits spéciaux d'une minorité confessionnelle.

C'est ainsi que Louis XIV a pris des mesures impitoyables contre la minorité huguenote dans son propre pays. Les protestants se virent interdire l'accès à toutes les fonctions publiques et aux professions libérales comme les médecins, les avocats, les notaires et les imprimeurs. En 1686, il abrogea sans les remplacer les dispositions protectrices de l'édit de Nantes. Il ordonna à ses sujets protestants d'abjurer leur foi huguenote.

L'abrogation des anciennes dispositions de protection a mis les huguenots dans une situation extrêmement difficile et a eu un effet dévastateur sur la puissance économique du pays. S'ils voulaient conserver leur foi, ils devaient renoncer à leur existence bourgeoise, souvent en tant que spécialistes de métiers techniques, commerciaux et artisanaux, dans leur patrie d'origine, tout abandonner et quitter le pays. Mais cela leur était à nouveau interdit sous peine de sanctions très sévères (exécution ou exil à vie aux galères). On estime néanmoins à environ un demi-million le nombre de personnes qui ont fui la France en raison de leur foi, sur une population totale d'environ 19 millions d'habitants à l'époque.

La fuite

La fuite de la famille André

Pour les huguenots du sud de la France, de la Provence et du Languedoc, le Rhône en amont, avec Genève comme porte de salut, s'offrait comme voie de fuite.

C'est cette voie que la famille André de Saint-Gilles décida d'emprunter à l'automne 1687. Un membre de la famille, Gilles Andre (1673-1748), a plus tard relaté cet événement dans une inscription de la bible familiale :

Ce qui a forcé Gilles André à quitter la France, c'est la persécution que le roi Louis XIV a exercée contre les réformés en 1685. Et en lui accordant la grâce de partir le 12 octobre 1687, il est sorti heureusement du royaume avec toute sa famille, à savoir son beau-père et sa mère et trois frères dont l'un s'appelait Jean André. Arrivés à Genève, ils ont entrepris le voyage vers l'Allemagne...

On ne peut que spéculer sur les besoins et les privations des réfugiés pendant la période hivernale. Il est probable qu'au début, ils n'avaient pas encore une idée claire de leur destination. Les destinations proches étaient d'abord les cantons protestants de Suisse romande. Une fois Genève ou Lausanne atteinte, ils étaient enfin à l'abri des sbires français.

Malgré toute la disponibilité des coreligionnaires suisses, la Suisse ne pouvait être qu'une étape intermédiaire, car le nombre de réfugiés était trop élevé. Les autorités suisses ont donc obligé la majorité des huguenots arrivés à poursuivre leur voyage en direction de l'Allemagne.

La famille de Gilles André partit également de Genève vers le nord en hiver 1687/88. Si l'on interprète correctement une inscription dans la bible familiale, Pforzheim était une étape pour eux. La raison de cet écart par rapport à la route directe entre Bâle et la région Rhin-Main était probablement due aux conflits armés de la guerre de succession du Palatinat. Les troupes françaises dévastèrent le pays et brûlèrent méthodiquement villes et villages. La destruction du château de Heidelberg et des tombes impériales allemandes dans la cathédrale de Speyre furent les tristes points culminants de l'expansion française.

Le 28 janvier 1688, la mère de Gilles, Françoise Andre-Heraud, décéda.

Seul avec ses quatre enfants, le beau-père poursuivit son chemin de Pforzheim à Francfort-sur-le-Main. De là, il arriva dans la commune de Seulberg du petit landgraviat de Hesse-Hombourg. Les fatigues et les privations de la fuite épuisèrent les forces des enfants. Le 18 février 1688, le beau-frère de Gilles, Henri, âgé de 14 mois seulement, décéda et peu après, le 13 mars, son frère Jean, âgé de 12 ans.

Sur les six membres de la famille qui avaient pris la fuite de Saint-Gilles à l'automne 1687, seuls trois purent donc trouver un nouveau foyer dans la région du Main.

Ils gagnèrent leur vie dans les années qui suivirent en tissant de la soie ou en tricotant des bas. Gilles Andre, qui avait appris le métier auprès de son beau-père, exerça plus tard sa profession de temps en temps à Offenbach. En 1699, son nom apparaît dans le registre des membres de la nouvelle communauté réformée française d'Offenbach.

La même année, il se maria à Francfort avec Judith Gerain, également issue d'une famille huguenote. Huit enfants naquirent du couple, les six premiers virent le jour à Francfort, les deux plus jeunes à Offenbach, où la famille s'installa en avril 1709.

Le 31 mai 1709, Gilles André se fit inscrire au registre des commerçants d'Offenbach "pour participer aux prérogatives (de la communauté huguenote locale)".

Les débuts à Offenbach

Gilles André (*1673 +1748)
Marc André (*1705 +1751)

Les réfugiés religieux venus de France ne furent pas accueillis partout avec enthousiasme. Le comte Johann Philipp von Isenburg, qui résidait au château d'Offenbach et dont la famille avait adopté la foi réformée dès 1597, faisait partie des souverains prêts à les accueillir.

Le pays d'Isenburg était certes petit et ne pouvait accueillir qu'un nombre limité de "refugies" (réfugiés). Afin d'installer les huguenots à long terme, le comte Jean-Philippe accorda à ses nouveaux citoyens des privilèges étendus qui devaient également être valables pour les immigrants ultérieurs et leurs descendants. En plus d'une réelle volonté d'aider les Huguenots, il est probable que le comte ait également pensé à utiliser leurs compétences artisanales et commerciales pour donner un coup de pouce à la petite ville d'Offenbach, qui ne comptait que 800 habitants.

D'autres réfugiés français arrivèrent à Offenbach au cours de l'année 1703. Il s'agissait pour la plupart de commerçants et d'artisans disposant d'un bon capital, en grande partie des tisseurs de laine, des tricoteurs de bas, des chapeliers et des orfèvres, qui ne tardèrent pas à déployer une activité intense. Pour Gilles Andre, qui résidait à Francfort, les privilèges accordés par la résidence voisine étaient suffisamment attrayants pour qu'il transfère son domicile de la ville libre impériale à Offenbach en 1709. Grâce à son travail assidu et à son habileté, Gilles Andre parvint rapidement à une certaine prospérité en tant que tisseur de soie indépendant. Au bout d'un certain temps, il construisit au nord de la Herrnstraße 54 une maison d'habitation spacieuse, qu'il occupa avec ses descendants jusqu'en 1784. A l'âge de 75 ans, Gilles Andre, qui avait autrefois fui à cause de sa foi, est décédé le 21 août 1748 à Offenbach. Sa femme Judith lui a survécu 14 ans et est décédée le 17 avril 1762.

Des huit enfants de Gilles Andres, seul Marc, né en 1705, survécut à son père. En janvier 1737, il épousa à Offenbach Marie Julienne Pfaltz, originaire de Mannheim. De ce mariage sont issus tous les membres ultérieurs de la famille André. En tant que fabricant de soie, Marc Andre devint apparemment un homme assez riche, qui put financer pour sa paroisse réformée française un grand bâtiment d'habitation et d'école à côté de l'église, au 25 de la Herrnstraße. En 1751, à peine trois ans après son père, Marc André décéda à l'âge de 46 ans seulement.

La "période classique" d'Offenbach

Johann Andre (*1741 +1799)

Pour Offenbach et le monde de la musique, le fils aîné de Marc Andre, Johann Andre, revêtit une importance particulière. Alors qu'il n'avait que 10 ans à la mort de son père, il montra très tôt un talent musical exceptionnel. À l'âge de 16 ans, il est entré dans le magasin familial pour "apprendre les ficelles du métier".

Sa formation musicale s'est poursuivie en parallèle. Mais très vite, sa mère l'envoya à Mannheim pour qu'il puisse y achever sa formation commerciale. Mannheim était à l'époque la métropole musicale la plus importante de l'époque et de l'Europe.

Johann Stamitz (1717-1757), en tant que compositeur et chef d'orchestre, créa de toutes nouvelles bases pour la tradition orchestrale ; la structure modifiée de la composition de l'instrumentation, l'utilisation différente des cordes et des vents, contrairement aux compositeurs baroques qui avaient pratiquement donné aux deux groupes la même musique à jouer, devint un modèle pour la musique européenne à venir. Le jeune André eut l'occasion d'assister à de nombreux opéras et concerts et d'élargir ses connaissances musicales.

À l'âge de 20 ans, il retourna à Offenbach. Parallèlement à son activité dans la fabrique de soie, il s'essaya bientôt à ses propres compositions. Il en résulte de petites chansons et une sonate pour piano.

Le tisseur de soie d'Offenbach connut son premier succès musical avec son opéra-comique "Der Töpfer", représenté pour la première fois le 22 janvier 1773 à Hanau. L'ensemble de son œuvre musicale comprenait finalement trente opéras et pièces de chant, ainsi que des ouvertures et de nombreux airs et chansons qui étaient très populaires à l'époque, mais qui sont aujourd'hui en grande partie oubliés.

Les divergences de l'époque étaient sans doute aplanies lorsque Goethe vint souvent à Offenbach en 1775 pour se rapprocher plus facilement de "Lili" Schönemann, la fille du banquier de Francfort âgée de 17 ans. Depuis le printemps, elle vivait chez des parents, la famille du fabricant de tabac à priser Nicolaus Bernard, dans la Herrnstraße d'Offenbach. Goethe profite de l'hospitalité de Johann Andre, qui vit dans la maison d'en face, et s'installe chez lui.

Dans "Poésie et vérité", Goethe parle également de l'Offenbach de l'époque, du temps qu'il y a passé avec Lili et de son hôte Johann Andre :

... Offenbach am Main montrait déjà à l'époque les débuts importants d'une ville qui promettait de se former par la suite. De beaux bâtiments, magnifiques pour l'époque, s'étaient déjà distingués ; l'oncle Bernard, comme je l'appellerai tout de suite par son titre de famille, habitait le plus grand ; de vastes bâtiments d'usine s'y rattachaient ; d'Orville, un homme plus jeune, vif et aux particularités aimables, habitait en face.

J'habitais chez Johann Andre,... j'étais logé chez lui. Le jeu de piano de Lili attachait complètement notre bon André à notre compagnie. Mais tout cela,... ne servait aux amants qu'à prolonger leur union ; ils ne savent pas trouver de fin, et le bon Johann André, par la séduction alternée des deux, était très facilement mis en mouvement sans interruption, pour prolonger sa musique en la répétant jusqu'à minuit passé. Les deux amants s'assuraient ainsi une présence précieuse et indispensable.

Comme on le sait, l'histoire d'amour entre Goethe et Lili prit fin brutalement : sans prendre congé, Goethe partit à l'improviste pour la Suisse. A son retour en automne, les fiançailles furent rompues.

L'héritage de Mozart et l'invention de Senefelder

Johann Anton Andre (*1775 +1842)

Johann Anton, 5ème enfant des époux Andre, vit le jour le 6 octobre 1775 dans l'ancienne maison de la Herrnstraße. Il passa la majeure partie de son enfance et de sa jeunesse en dehors d'Offenbach. Son talent musical, qui ne tarda pas à se manifester, fut durablement encouragé par son père. Dans les années qui suivirent, pendant la Révolution française, Johann Anton fit la navette entre Mannheim et Offenbach et s'occupa intensivement de sa formation musicale.

En 1793, les troubles de la guerre l'amenèrent à séjourner principalement à Offenbach et il prit du travail et des responsabilités dans l'entreprise d'édition de son père. Pour des raisons professionnelles, mais aussi pour rendre visite aux compositeurs les plus divers, il entreprit de longs voyages jusqu'en Autriche.

En 1798/99, Johann Anton reprit l'entreprise paternelle. Doté d'une formation musicale approfondie, il suivit entièrement les traces de son père. Il composa plus de 100 œuvres et écrivit un manuel de composition musicale.

En 1799, Anton Andre acheta à la veuve de Mozart l'héritage musical du compositeur pour 3.150 florins.

"...Monsieur Andre, qui par son séjour ici a été mis en mesure de juger de la valeur et de la richesse de cet héritage, me l'a acheté depuis, et est ainsi devenu le propriétaire le plus légitime, non pas d'un reste, mais d'une collection presque complète d'œuvres parfaitement correctes et parfaitement authentiques dans le manuscrit original, depuis la première jeunesse de Mozart jusqu'à sa mort.

Monsieur André m'a demandé cette déclaration, il en a le droit, elle est conforme à la plus stricte vérité ; je la lui donne ici.

Vienne le 13 mars 1800 Constanze Mozart"

Le "Plaisir musical pour deux violons, alto, deux cors et basse" de Mozart fait partie des premières impressions d'Offenbach selon le nouveau procédé lithographique.

En 1803, le landgrave de Hesse-Darmstadt, Ludewig X, lui conféra le titre de maître de chapelle de la cour. En 1813, le prince Carl Ludwig Moritz von Isenburg-Birstein le nomma "Fürstlich Isenburgischen Wirklicher Hofrat".

Deux rencontres devaient avoir une importance décisive pour le parcours de Johann Anton Andre et le développement de son entreprise d'édition :

- il acquit l'ensemble de l'héritage musical de W. A. Mozart, décédé en 1791, auprès de sa veuve Constanze

- il a collaboré avec l'inventeur de la lithographie, Alois Senefelder

Andre put convaincre Senefelder et son collaborateur Gleißner de s'installer à Offenbach. L'imprimerie de musique comptait dix presses en cuivre et en étain. La moitié d'entre elles furent remplacées par des presses à barres lithographiques et les ouvriers furent formés en conséquence. Le chiffre d'affaires s'envola. Bientôt, on envisagea d'étendre l'entreprise à d'autres pays. Des filiales dirigées par les frères Philipp Henri et Peter Friedrich furent créées à Londres et à Paris, et d'autres étaient prévues à Berlin et à Vienne. Mais ces entreprises n'ont pas été couronnées de succès à long terme. Des brevets avaient certes été délivrés, mais ils ne protégeaient guère des imitateurs et des concurrents.

Dans l'imprimerie de musique d'Andre à Offenbach, la lithographie remplaça l'impression avec des plaques de cuivre et d'étain. Johann Anton Andre s'efforçait, selon ses propres termes, de donner à ses éditions "toute la beauté typographique possible". Même si les éditions musicales Andre s'occupaient principalement de la reproduction et de l'impression de partitions, cette invention s'étendit rapidement aux arts visuels, à la lithographie artistique.

Le tournant du 18ème et du 19ème siècle marqua la fin de "l'époque classique" d'Offenbach. La cause en fut d'une part les guerres napoléoniennes, qui eurent des répercussions négatives sur le commerce et l'industrie en tant que "sponsors" d'entreprises culturelles, et d'autre part Offenbach changea de caractère. Pour de nombreux entrepreneurs, Offenbach était un site plus attractif que Francfort, la ville commerciale hostile à l'industrie. L'ancienne résidence princière se transforma en ville industrielle.

En plus de son travail d'éditeur, de ses études musicales et de ses compositions, Johann Anton Andre s'intéressa de plus en plus aux manuscrits de Mozart qu'il possédait. Il semble qu'il n'ait pas réussi à tirer profit de ce trésor en l'étudiant de manière intensive. Une autre maison d'édition, qui s'était procuré des copies, le devança en publiant des compositions de Mozart. A l'époque, il était difficile de faire valoir des droits de propriété au sens des "copyrights" ou "TM" (pour TradeMark) actuels.

En 1811, Anton Andre se trouvait à Munich. Il rendit visite à Alois Senefelder et apprit que ce dernier avait l'intention de publier un ouvrage dans lequel toutes les manières de la lithographie seraient présentées dans une suite de feuilles d'échantillons accompagnées d'un texte descriptif. André voulait faire paraître le livre dans sa maison d'édition d'Offenbach. La même année, Senefelder se rendit à Offenbach pour commencer les travaux, mais échoua à cause des coûts élevés. Le "Vollständiges Lehrbuch der Steindruckerey" de Senefelder ne parut qu'en 1818 à Munich et à Vienne. Il n'est pas certain qu'André ait participé financièrement à l'édition de ce livre.

Depuis 1813, Senefelder s'occupait de la fabrication de plaques artificielles destinées à remplacer les lourdes pierres de calcaire schisteux de Solnhofen. En 1828, il voulait créer avec Andre une "usine de papier et de tôle de pierre". Un accord écrit daté du 19 octobre stipulait : "Monsieur Senefelder aura ici à sa charge la direction de la fabrication et Monsieur Hofrath Andre la vente du produit fabriqué..." Le projet ne fut pas réalisé.

Le fruit de ses efforts fut finalement la publication en 1841 du "Répertoire thématique" des manuscrits originaux de Mozart, une sorte de précurseur du célèbre répertoire de Köchel.

Johann Anton Andre mourut le 6 avril 1842. 8 de ses 15 enfants lui survécurent. De son vivant, il avait accompli de grandes choses pour sa famille, son entreprise, pour la musique et pour sa ville natale. Dans les "Biographies hessoises" publiées ultérieurement, il fut salué comme suit :

"Malgré cette vaste activité d'éditeur, d'écrivain, de compositeur et d'enseignant, Anton Andre trouva cependant encore le temps d'agir pour le bien public".

Création de la fabrique de partitions en 1774

Johann Andre (* 1741 + 1799)

Après avoir tout d'abord repris la fabrique de soie de son père, Johann Andre fonda le 17 août 1774, au 54 de la Herrnstraße, une maison d'édition de musique avec une imprimerie de partitions attenante. Dès le début, l'entreprise fut appelée "Fabrique". Il céda la teinturerie de soie à son oncle et déménagea en 1777 à Berlin, où il devint directeur musical du théâtre Döbbelin. Il dirigea alors la "Notenfabrique" Offenbach depuis Berlin, qui fonctionnait cependant à perte pendant son absence. Deux activités simultanées étant devenues trop lourdes pour lui, il retourna à Offenbach en 1784. La même année, l'entreprise déménagea de la Herrnstraße 54 au 21 de la Domstraße. La maison d'édition et l'imprimerie furent installées dans les bâtiments situés à l'arrière. En 1797, le catalogue de l'éditeur comptait déjà 1052 numéros : opéras, arias, lieder, concerts et symphonies.

Goethe, qui vivait à Weimar depuis 1775, revint à Offenbach en août 1797 et rendit visite à l'écrivaine Sophie LaRoche dans la Domstraße. Il ne rapporta cependant rien d'une visite dans la maison voisine chez son vieil hôte Johann Andre.

En revanche, Madame Aja Goethe a raconté dans une lettre à son fils Johann Wolfgang que "notre vieil ami (Johann) Hans Andre a eu pitié" lorsqu'il l'a aidée à rentrer chez elle après la fin des bombardements et de l'occupation de la ville libre impériale de Francfort.

Le 18 juin 1799, le fabricant de soie, compositeur, maître de chapelle et éditeur de musique Johann Andre est mort à Offenbach à l'âge de 58 ans.

Marchand et bienfaiteur Fils de Johann Anton Andre

Johann August Andre (*1817 +1887)

Toujours du vivant de son père, Johann August Andre, le 13ème enfant de Marie Julienne et Johann Anton Andre, avait repris les affaires de l'entreprise à Offenbach en 1840. Plus doué pour le commerce que pour la musique, il consolida la maison d'édition, plus artistique que commerciale, qui était de ce fait au point mort. Il se consacra sans relâche à l'entreprise et la fit prospérer en publiant de nouvelles éditions bon marché d'œuvres de maîtres classiques : Mozart, Beethoven, Haydn, entre autres.

Outre son activité d'entrepreneur, le bien-être de ses concitoyens et de sa ville natale lui tenait à cœur. Il était très engagé socialement et présidait entre autres la caisse maladie générale, l'association générale des pauvres, l'association des citoyens et le Bernardstift.

En 1854, les héritiers de Johann Anton Andres divisèrent l'héritage de Mozart (273 manuscrits originaux) en sept parties. En 1873, la Bibliothèque royale de Berlin a acquis 138 manuscrits, le reste a été vendu aux enchères en 1929 et 1932.

Les frères et sœurs Andre

Carl August Johann Andre (*1853 +1914)

Gustav Adolf Andre (*1855 +1910)

En 1880, la transmission de la "maison d'édition musicale et du commerce de pianos" à la génération suivante fut réglée. Les successeurs furent les deux fils Carl August Johann et Gustav Adolf.

Au cours des décennies suivantes, les deux frères ont poursuivi avec circonspection et dynamisme la gestion de l'entreprise de renom, Carl August se consacrant d'abord davantage aux affaires commerciales et Gustav Adolf à l'édition. Conformément à la tradition familiale, tous deux étaient très doués pour la musique et se sont acquis des mérites dans la promotion des concerts d'Offenbach.

En 1894, l'activité commerciale des deux frères Andre s'est considérablement développée en raison de circonstances familiales. L'oncle des deux frères avait acquis en 1828 le droit de cité de la "ville libre d'empire de Francfort" jusqu'en 1866 et y avait obtenu une concession pour l'exploitation d'un "magasin d'art et de musique", auquel fut rattachée plus tard une fabrique de pianos performante. Des liens personnels et économiques étroits existaient entre les entreprises Andre à Offenbach et à Francfort.

Après le décès de l'oncle non marié, la société Andre de Francfort fut transmise aux frères Carl August Johann et Gustav Adolf. Les deux frères étaient copropriétaires des deux entreprises. Gustav Adolf travailla de préférence dans l'entreprise d'Offenbach, tandis que Carl August faisait quotidiennement la navette avec Francfort.

Peu avant la Première Guerre mondiale, Gustav Adolf décéda en 1910 à l'âge de 55 ans, suivi de son frère Carl August en juin 1914 à l'âge de 61 ans. Trois ans plus tôt, Carl August avait publié en français ses "Confessions" et s'était engagé entièrement, contre l'esprit du temps, par conviction de ses origines et traditions huguenotes, pour une entente franco-allemande.

En 1910, la direction de l'entreprise passa à la veuve de Gustav Adolf Andres, Aurelie, qui dirigea la maison d'édition à partir de 1914 conjointement avec la veuve de Carl August Andres, Elisabeth.

La période des guerres mondiales

Hans Andre (*1879 +1951)

et ses successeurs

Après le décès des frères et sœurs André, les deux entreprises d'Offenbach et de Francfort ont été gérées par les veuves survivantes dans les conditions difficiles de la guerre et de l'après-guerre. Le fait que d'autres parents fiables, les arrière-petits-enfants de Johann André, Ludwig et Ferdinand Andre, étaient actifs dans l'entreprise constituait un avantage.

Parmi les héritiers, personne ne voulut d'abord reprendre la direction de l'entreprise, jusqu'à ce que le fils de Gustav Adolf, Hans Andre, qui avait vécu la Première Guerre mondiale en tant qu'officier de carrière, se forme comme commercial dans l'édition et entre dans la maison d'édition. Durant ces années, il a dirigé avec circonspection et succès la maison d'édition musicale et le magasin de musique, qui jouissaient d'une grande renommée.

Les anciennes maisons d'Andre dans la Domstraße ont été endommagées par les bombardements des années 1943-1945 et l'atelier d'imprimerie a été complètement détruit. La maison acquise par Hans Andre dans la Frankfurter Straße, la principale rue commerçante d'Offenbach, survécut à la deuxième guerre mondiale.

Hans Andre est décédé le 6 janvier 1951 à l'âge de 61 ans. Son fils Hans-Günter (1924-1946), initialement prévu comme successeur, étant mort en captivité en Russie, l'heure des femmes a de nouveau sonné : La veuve Friederike Andre et sa belle-sœur Elfriede Andre, qui travaillaient toutes deux depuis des années dans l'entreprise, continuèrent à gérer l'entreprise avec succès. Elles ont été rejointes par Ute-Margrit Andre, représentante de la génération suivante, qui, après le décès de sa mère et de sa tante, a dirigé l'entreprise avec son mari August Thomas-Andre. Leur fils Hans-Jörg représente aujourd'hui la septième génération de cette entreprise d'édition et de musique fondée en 1774 par Johann Andre.

Au cours de ses 230 ans d'existence, la société Andre a connu des hauts et des bas, mais grâce à ses propriétaires, directeurs et collaborateurs respectifs, elle a surmonté les difficultés et a toujours trouvé un nouvel essor. Aucune autre entreprise familiale de la ville d'Offenbach ne peut se targuer d'une telle ancienneté, d'une telle tradition et d'une telle continuité.

Offenbach a certes beaucoup changé au cours des 230 années qui ont suivi la fondation de l'entreprise, et encore plus au cours des 300 années qui ont suivi l'installation des premiers réfugiés huguenots. Aujourd'hui comme hier, la ville a profité à bien des égards de l'afflux d'étrangers, qui se sont certes intégrés à la vie urbaine, quelles que soient leurs particularités.

Explications et remarques